Ceci est le dernier article que j’écris sur l’administration pénitentiaire

Pourquoi ? Tout simplement parce que je suis fatigué de me battre contre des moulins à vents, las d’être le « Don Quichotte », exténué de voir des politiciens comme Monsieur Stéphane RAVIER qui n’écoute pas et tourne les talons me laissant parler seul. Comme d’autres qui font semblant d’écouter et qui ne s’intéressent absolument pas au message que j’essaie de leur faire passer. Fatigué des politiciens qui promettent et une fois élus m’oublient y compris en amitié. Las et Déçu.

Je suis entré dans l’administration pénitentiaire en 1983 lorsque je suis revenu d’Irlande pour vivre en France. Muté aux Baumettes en décembre 1983. J’étais anti syndicaliste car j’estimais, et c’est toujours mon avis, que le syndicalisme qui doit être apolitique est au contraire très politisé en France, surtout à gauche.

Malgré mes réticences, c’est un ami qui m’a mis le pied à l’étrier syndical. Je me suis laissé faire d’abord par amitié puis j’ai été pris dans un engrenage qui m’a permis, dans un premier temps, de défendre mes bons collègues puis, suite logique, de défendre des personnes que je ne connaissais pas. Cette aventure m’a permis de rencontrer divers ministres de la justice; messieurs BADINTER, NALLET, CHALANDON, ARPAILLANGE, VAUZELLE, MEHAIGNERIE, GUIGOU, TOUBON, PERBEN…. Et des directeurs de l’administration pénitentiaire dont la majorité n’était pas très talentueuse. Je pense tout particulièrement à l’un d’entre eux dont je tairai le nom…

Entrer dans les hautes sphères du syndicalisme a été enivrant et m’a permis de défendre certaines valeurs qui étaient bafouées. D’améliorer les conditions de travail qui sont souvent lamentables. De lutter contre une « voyoucratie » croissante dans les prisons. Ça m’a également permis de démontrer que les « matons » ne sont pas que de simples « matons » ou des « gardes chiourmes », mais surtout des êtres humains avec des qualités, des valeurs et, comme tout homme, des défauts.

De 1987 jusqu’en 1993, d’énormes avancées ont été obtenues : 

  • Bonification du 1/5eme prime équivalente à un 13eme mois, 
  • Ouverture de la profession vers d’autres missions et d’autres horizons.
  • ISS ( Indemnités de sujétion spécial ), incluse au salaire pour le calcul de la retraite,

Le seul directeur de l’administration pénitentiaire qui a été proche du personnel de surveillance, et peut être aussi de moi-même, a été Karsenty, directeur nommé par F. Mitterrand pour calmer les ardeurs des surveillants, souvent en grève pour être plus reconnus.

Le seul ministre de la justice à ce jour, qui a été à l’écoute des syndicats, en particulier du mien, à l’écoute des surveillants, a été D. Perben. Il a su récompenser le personnel à chaque fois que c’était nécessaire, quand ses prédécesseurs ne pensaient qu’à la sanction. Lors d’un entretien je lui avait fait part de mes opinions sur l’avenir de cette administration tant délaissée qui consistaient à faire évoluer la profession : 

  • Groupe d’intervention pénitentiaire,
  • Garde des détenus dans les hôpitaux,
  • Transferts des détenus, 
  • Présentation des détenus devant les juges, 
  • Brigade canine, 
  • Brigade motorisée pour ouvrir la route des convois, 
  • Sécurité périphérique des établissements pénitentiaires.

A ce jour toutes ces doléances sont en place : PREJ, ERIS,UHSI,UHSA etc…Mais comme à son habitude l’administration pénitentiaire met toujours la charrue avant les bœufs, sans une véritable formation de principe, sans le matériel adéquate.

Monsieur D. Perben, car c’est un « MONSIEUR », m’avait fait part de son souci sur les futurs recrutements des surveillants. Ses préoccupations s’avèrent aujourd’hui fondées, avec des surveillants ayant des dossiers pénaux aussi lourds qu’un camion de dix tonnes, avec des niveaux intellectuels largement en dessous de la moyenne. Un recrutement qui se fait avec une moyenne de 4/20 et parfois moins. Après vingt ans de syndicalisme à défendre le personnel, ce constat me rend triste. 

Mais la déchéance ne s’arrête pas là, les conditions de travail sont devenues de plus en plus périlleuses, dangereuses et lamentables, 

  • Un personnel recruté qui n’a pas envie de travailler, plus proche des voyous que de l’administration, 
  • Un personnel qui est incapable d’écrire en français, voire parfois de parler français correctement, 
  • Une école de l’administration pénitentiaire à Agen ou circule drogue, alcool, sexe, partouzes, irrespect,
  • Un personnel qui n’a plus aucune emprise et autorité sur la détention, 
  • Un encadrement en détention en majorité plus en recherche d’une paix sociale plutôt que de représenter l’autorité, 
  • Des directions triées sur volet plutôt à gauche politiquement donc plus proche de la voyoucratie,
  • Des directions qui font plus confiance aux détenus et qui émettent plus de doute à l’encontre du personnel en uniforme
  • Le personnel pénitentiaire est devenu de la chair à canon. Plus de 8000 agressions graves par an dont beaucoup ne sont pas déclarées pour maintenir afin de faire croire aux hautes instances que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. 

Pourtant cette profession mérite beaucoup mieux ; au moins d’être considérée comme la troisième force de sécurité de l’Etat. Pour cela, elle devrait retourner sous la houlette du ministère de l’intérieur, comme cela était le cas en 1913.

Seulement, la pénitentiaire n’intéresse personne, sauf lorsqu’il y a assassinat d’un de ses membres !!! .Alors tous en saisissent l’opportunité; partis politiques, membres des syndicats traditionnels (dont certains sont devenus carriéristes), médias et tout ça pour se gargariser. La preuve en est, lorsqu’il y a un évènement concernant la sécurité en France, la police nationale, la gendarmerie, la police municipale sont mis en avant; aux oubliettes la pénitentiaire et les douanes.

Pendant trente-six ans (36), j’ai sacrifié ma vie, mes enfants et petits-enfants à la cause et au travers du syndicalisme dans lequel j’ai fini simple surveillant, punition de l’administration pénitentiaire, sans médaille, punition de l’administration pénitentiaire, sans pouvoir rejoindre à la retraite le réserve pénitentiaire, punition de l’administration pénitentiaire !

Une fois surveillant honoraire, c’est vers la politique que je me suis orienté pour faire évoluer et reconnaître mon administration. Que l’on soit clair, mon support était un parti politique de droite.! Et là, toujours choux blancs. Tout simplement parce que le monde entier s’en fout de l’administration pénitentiaire et des surveillants. Ils sont payés pour se faire agresser plus ou moins gravement, comme on l’a vu récemment, et surtout tout faire pour faire perdurer cette fameuse paix sociale à l’identique des quartiers défavorisés ! Les fameux quartiers …

Et pourtant, il n’en faudrait pas beaucoup pour redresser le gouvernail de ce bateau à la dérive. Il suffit d’en avoir LA VOLONTE. Une VOLONTE politique qui n’existe plus depuis 1981.  Et cela n’a pas l’air d’être à l’ordre du jour. 

A/ Mettre un vrai pénitentiaire à la tête de l’administration, quelqu’un qui connaît les vrais problèmes,

B/ Mettre un directeur à l’ENAP qui remettra en place la discipline pour les élèves, car lorsqu’on revêt un uniforme il doit y avoir de la discipline; l’un n’est pas dissociable de l’autre,

C/ Revenir au ministère de l’intérieur comme cela était le cas avant 1913, sachant que les magistrats ne nous considèrent pas à notre juste valeur,

D/ Reprise de la discipline et de l’ordre dans les établissements pénitentiaires,

E/ Ne plus laisser les intervenants extérieurs ( médecins professeurs, etc ) avoir la main mise sur cette administration,

F/ Redonner confiance aux surveillants pénitentiaires en les laissant être plus autonomes sur la coursive,

G/ Bénéficier d’une véritable formation continue,

H/ Un recrutement adéquat pour cette mission régalienne, 

I/ La prison doit faire peur (et non comme actuellement être un véritable « Club Med »), avec extinction des feux, lits au carré le matin, etc.

J/ Pas la peine de construire des prisons comme des champignons, il suffit pour créer des places libres, expulser les plus de 30% de détenus en situation irrégulière qui encombrent nos établissements.

Ceci n’est qu’un échantillon de tout ce qui peut être fait pour rétablir l’ordre dans nos établissements pénitentiaires et sans pour cela endetter le contribuable.

Seulement voilà, après tant d’années de lutte où les revendications ont évolué puis régressé. Après tant d’années sacrifiées pour faire reconnaître ce noble métier aussi vieux que le monde, je suis LAS. J’ai l’impression d’avoir été le « Don Quichotte » de l’administration pénitentiaire. Je suis LAS, d’écrire et de dénoncer Tout ce que je souhaite maintenant, plutôt tout ce que j’exige, c’est de l’action, du concret et pour cela je suis prêt.

          Jacques Struzynski

                                                                                                            Ancien Surveillant Brigadier Pénitentiaire, Syndicaliste

                                                                                                 Conseiller Défense Police

Catégories : Lettre ouverte

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