Le « Clap de fin » du Préfet de Police à Marseille

Marseille, depuis 2012 , par décret en date du 15 octobre 2012, possédait un préfet de police de plein exercice, succédant à un préfet délégué pour la police qui existait depuis 1972, après avoir été rebaptisé successivement « préfet adjoint pour la sécurité » en 1989, puis ensuite « préfet délégué pour la sécurité et la défense » en 1993, tous préfets délégués étant sous l’autorité directe du Préfet de région, Préfet de zone.
Ensuite, 2012 et 2025, le préfet de police des Bouches-du-Rhône :
- • met en œuvre la politique nationale de sécurité intérieure,
- • a la charge de l’ordre public,
- • a autorité sur les forces de police et les unités de gendarmerie et coordonne leur action,
- • assure les missions de police administrative concourant à la sécurité intérieure en matière de débits de boisson, de manifestations sur la voie publique, de vidéosurveillance, d’armes, de sécurité privée et de sécurité des manifestations sportives.
Il s’agit, avec le préfet de police de Paris, du seul préfet de police de plein exercice en France, bien que, à l’inverse de Paris, les directions des Bouches-du-Rhône restent organiquement rattachées à la Direction générale de la police nationale. Ainsi, si le préfet de police de Paris dispose d’une administration propre et de compétences spécifiques (titres aux étrangers, permis de conduire, nuisances sonores, zones de défense et de sécurité, etc.), ce n’est pas le cas du préfet de police des Bouches-du-Rhône qui n’a qu’une autorité fonctionnelle sur les services de police et de gendarmerie et sur les services de la préfecture des Bouches-du-Rhône pour l’exécution des compétences qui lui sont confiées par la réglementation.
En application d’un décret du 25 août 2022, sont attribuées au Préfet de Police des Bouches-du-Rhône des compétences en matière de lutte contre la radicalisation, de lutte contre les stupéfiants, de lutte contre la sécurité routière et la sûreté portuaire.
Aujourd’hui, en vertu du décret du 16 juillet 2025, pris en conseil des ministres, un préfet de police délégué – en l’occurrence, Madame Corinne SIMON , nommée le 12 mars 2025 – assiste le préfet dans l’ensemble de ses attributions concourant à la mise en œuvre de la politique nationale de sécurité intérieure, au maintien de l’ordre public et à la sécurité des populations. Sous son autorité et dans la limite des missions qui lui sont confiées, il dirige l’action des services de police et de gendarmerie et s’assure, en tant que de besoin, sous réserve des dispositions du code de procédure pénale relatives à l’exercice de la mission de la police judiciaire, du concours des services de police judiciaire aux missions de sécurité intérieure : https://fr.wikipedia.org/wiki/Préfecture_de_police_déléguée_des_Bouches-du-Rhône – cite_note-decret2025-2.
De mon point de vue, ce changement de casquettes s’inscrit dans le droit fil de la réforme de la Police Nationale, et de sa territorialisation instituées par le décret N°2023-530 en date du 29 juin 2023 (applicable depuis le 01.01.2024) qui renforce les pouvoirs des préfets sur les directeurs départementaux, régionaux et zonaux de la Police Nationale, à l’exception de la situation de Paris où la Préfecture de Police constitue historiquement « un Etat dans l’État », dans lequel le Préfet de Police de Paris se situe quasiment au même niveau que le directeur général de la Police Nationale.
A Marseille, par contre, la nouvelle préfète déléguée à la police est en quelque sorte la « secrétaire » d’un préfet de Région qui détient tous les pouvoirs et en particulier le contrôle hiérarchique direct sur tous les services de police et de gendarmerie.
Il conviendra d’évaluer en son temps ce changement de préfet, et ses conséquences, mais force est de constater que cette évolution me paraît préjudiciable pour mes collègues policiers qui possédaient précédemment des relations très étroites avec un préfet de police, de plein exercice, bien souvent issu du corps des commissaires de police, et qui connaissait bien, à la fois les hommes, leurs missions et les problématiques de ce Corps.
Marseille le 24 juillet 2025
Claude DUPONT
Commissaire Divisionnaire Honoraire
Vice-Président ADP
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