Monsieur le Premier Ministre 

Après l’attaque au couteau contre deux fillettes à Souffelweyersheim devant leur école, nous avons écouté votre discours avec la plus grande attention, suite à vos déclarations claires et énergiques, le Comité Directeur de  » Défense Police  » a décidé de vous écrire, et il adresse ce texte à votre Ministre de l’Intérieur, Monsieur Gérald Darmanin, lequel nous avions déjà contacté à une autre occasion.

Nous sommes des policiers retraités, et restons des professionnels du maintien de l’ordre et de la sécurité, toujours en contact avec nos collègues en activité qui sont confrontés à la violence endogène et il s’agit bien là d’une révolte civile, dont la richesse du trafic de drogue en fournit, malheureusement la pire illustration puisque les trafiquants s’affrontent désormais avec des armes de guerre

Nous vous rappelons que ce 10 mars 2024, dans le quartier de Blosnes à Rennes, une fusillade entre trafiquants de drogue a duré plus d’une heure, les policiers de la Brigade Anti Criminalité, (BAC) , n’ont pas pu intervenir parce qu’ils n’étaient équipés que d’armes de poing. Il a fallu faire intervenir le RAID qui, seul, pouvait faire face à leur puissance de feu. Malheureusement, le temps qu’ il arrive et se déploie, les tueurs avait eu le temps de terroriser toute la population du quartier !

Lors de votre discours vous avez déclaré que vous vouliez combattre la violence des jeunes en rétablissant l’autorité. Vous avez martelé ce mot d' »autorité » environ trente fois pour convaincre de votre inflexible volonté. Vous avez également affirmé que les parents d’enfants violents et dangereux seraient (sévèrement ?) sanctionnés. Vous vous étiez déjà exprimé sur ce sujet en prononçant votre fameuse phrase :  » Tu casses, tu répares, tu salis, tu nettoies, tu défies l’autorité, on t’apprend à la respecter « .  Hier, vous êtes allés encore plus loin en affirmant :  » Nous allons faire respecter l’autorité, dans les classes, dans les familles, dans les rues « .

C’est ce dernier point qui nous intéresse à  » Défense Police « , puisque nous défendons les Forces de l’Ordre et de Sécurité notamment devant la Justice, sur les médias et sur les réseaux sociaux, parce que ce sont nos collègues de la Police, de la Gendarmerie de l’Armée et des Douanes.

Il semble que votre discours s’inscrit parfaitement dans les circonstances de la mort du jeune Nahel Mezrouk  tué le 27 juin 2023 à Nanterre.

Nahel était un jeune homme qui avait déjà été interpellé par nos collègues à plusieurs reprises, alors qu’il conduisait, sans permis, des voitures volées. Le jour où il a été tué, il a forcé le barrage de Police, et risquait d’être déféré devant la Justice pour ce nouveau délit, avec le risque d’être condamné. 

Nous aimerions connaître votre point de vue sur l’attitude que nous devons adopter face aux refus d’obtempérer, qui s’accompagnent, de plus en plus de réactions violentes et dangereuses de la part des contrevenants. Ainsi, Nahel a démarré en trombe quand il a compris qu’ il allait être arrêté une nouvelle fois, et déféré devant un juge, au risque de heurter un des deux policiers qui tentaient de l’interpeller. Or, en 2022, le Ministère de l’Intérieur a déclaré officiellement avoir recensé près de 25.000 refus d’obtempérer, plus ou moins violents, et, perpétrés de plus en plus par des mineurs, qui, probablement comme Nahel, qui croient que leur jeunesse leur évitera tout ennui avec la Police et la Justice.  Nous voilà donc au centre de votre discours.  Il est temps, sur ce point, de clarifier notre mission.  Que comptez-vous faire en ce domaine ? Bref, quelles consignes allez-vous donner à nos collègues face à la situation de refus d’obtempérer, surtout si ce refus d’obtempérer s’accompagne (de risque) de violence ? 

En outre, que répondez-vous aux gens qui affirment que lorsque nos collègues sont obligés de recourir à la violence, jusqu’ à utiliser leur arme de service, dans le cadre de refus d’obtempérer, presque toujours violents, ils agiraient par racisme ou xénophobie, ou, par un goût pathologique de la violence ? Certains vont même jusqu’ à déclarer publiquement que :» La Police tue ! Ne pensez-vous pas que si la personne interpellée s’était soumise, immédiatement et sans discuter, aux injonctions des policiers, ces derniers n’auraient pas été obligés de recourir à la force, ne serait -ce que pour se défendre physiquement, ou, pire, dans le cas de l’utilisation d’armes ? 

Trouvez-vous normal que notre collègue qui a tué Nahel ait été obligé de déménager et de s’installer ailleurs sous un faux nom, après que, lui et sa famille, aient été menacés de représailles ? D’une façon générale, que comptez-vous faire pour nos collègues menacés, notamment si celles-ci sont mises à exécution ? Pour vous en convaincre, il suffit de voir l’augmentation incessante des agressions, contre nos collègues, (notamment le personnel féminin), et ce depuis de nombreuses années, bien avant la mort de Nahel. D’ailleurs, menaces, et, surtout ces agressions s’exercent aussi contre les pompiers, et même les médecins et les infirmières de SOS médecins, et pas seulement dans les quartiers dangereux.  

Mais aussi puisque vous avez évoqué d’éventuelles sanctions contre les parents d’enfants violents et dangereux. Ne pensez-vous pas que les parents de Nahel qui n’ont pas réussi à empêcher leur fils de continuer à bafouer la Loi, auraient dû être sanctionnés ? Qu’en est-il pour vous qui affirmez ne plus vouloir de la culture de l’excuse pour protéger ou épargner les coupables ?  Qui protégez-vous dans les faits ? Nahel, délinquant récidiviste qui a forcé le barrage de Police pour éviter d’être pris une nouvelle fois en flagrant délit de faute avec toutes les conséquences dangereuses que cela risquait d’entraîner pour lui, et, éventuellement pour ses parents, ou, notre collègue qui a du faire usage de son arme car confronté à une violence des plus dangereuses ? Nous vous rappelons que notre collègue était un policier exemplaire qui avait été décoré à deux reprises.

Nous vous posons ces questions parce que pour le Président Macron et son gouvernement de l’époque, ont immédiatement condamné notre collègue, dès l’information connue, alors même que les enquêtes de la Police et de la Justice n’avait pas encore commencé !   D’ailleurs ce qui est incroyable, c’est que le gouvernement précèdent de Madame Borne a, immédiatement, présenté ses excuses à la famille de Nahel. Vous étiez vous même, nous semble-t-il, Ministre délégué aux comptes publics dans ce gouvernement, ce qui nous laisse à penser que vous étiez solidaire.

Qu’en est-il réellement Monsieur le Premier Ministre ? Alors aujourd’hui comment  allez-vous concilier votre attitude de l’époque avec la fermeté sans faille que vous avez évoqué dans votre discours , toujours sous l’ autorité du Président Macron ?  

Et puis, il y a eu la minute de silence à la mémoire de Nahel rendue officiellement par nos parlementaires, qui l’ont, unanimement, déclaré  » victime de la violence policière « . Ils ne pouvaient pas être plus clairs !   Puis, ce fut la suppression de la cagnotte en ligne lancée en sa faveur pour l’aider à payer son avocat, et soutenir sa famille. Une cagnotte qui avait bien plus de succès que celle lancée pour les parents de Nahel, et qui semblait traduire un mouvement en faveur de notre collègue.

Là encore, par rapport à votre discours, nous aimerions que vous vous expliquiez sur ces événements, puisqu’ en tant que membre du gouvernement de Madame Borne vous y aviez été confronté ? 

Nous vous demandons si ces trois réactions, présidentielle, gouvernementale et parlementaire, immédiatement consécutives à la mort de Nahel, n’ont pas encouragé, non seulement les délinquants, mais aussi, tous ceux qui  » veulent défier l’autorité « , pour reprendre votre discours ?

Monsieur le Premier Ministre, comment comptez-vous concilier votre nouvelle volonté affirmée dans votre discours, à la réaction trompeuse du gouvernement précèdent de Madame Borne, et de l’ensemble de la classe politique, Française unanimement ligués contre notre collègue Policier ayant dû faire usage de son arme en toute légitime mission ?                          

Monsieur le Premier Ministre, nous vous demandons de bien vouloir nous faire connaitre clairement votre position afin que nous puissions inclure votre réponse écrite dans le prochain numéro de notre revue, que nous porterons à la connaissance des Polices municipale et nationale, de la Gendarmerie, des Douanes des Pompiers et de nos militaires inclus depuis dans le maintien à l’ordre public.   

Nous vous en remercions, très sincèrement, par avance et sommes à votre disposition pour vous rencontrer.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Premier Ministre, l’assurance de mon profond respect. 

Gérard CURNIER

Président ADP

Catégories : Lettre ouverte

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